Rencontre avec Lisa Gailland

Une jeune fille de 15 ans, les pieds bien ancrés à la terre et la tête dans le vent.

Portrait / 7 minutes de lecture / Mai 2019

Une fille de la montagne ne rêvant que de bateau. De vent. De vitesse. D’eau. A peine 15 ans et, dans le regard de ce petit bout de femme en devenir, on lit déjà la détermination, l’enthousiasme. Quand à la première question elle se met à parler de sa passion, tout s’anime en elle. Ses mots sont posés. Son discours, clair et affirmé. Si de sa maison on ne peut voir le plan d'eau, dans ses yeux, en revanche scintillent les reflets du lac, son 2ème chez elle.

Comme chez SCHMIDT on partage cette même passion de la voile, comme l’ambition fait partie des qualités qu’on aime et que les rêves ne nous font pas peur alors on vous emmène dans le sien !

Comment on arrive à la voile quand on vit dans un petit village vaudois de montagnes où tout le monde naît des lattes aux pieds ? Lisa le dit d’ailleurs très bien, ici tous ses amis font de la compèt’ de ski, du ski de fond ou du biathlon ! Mais elle, elle a grandi avec un autre rêve… Hiver comme été, Lisa file au lac.

Une passion qui lui vient de son père.

C’est durant les vacances d’été, à bord du bateau familial, que Lisa découvre la navigation. Aux abords des ports elle voit les Optimists et s’imagine déjà, seule sur ces petits bateaux…

A l’âge de 7 ans, alors qu’elle participe à son premier stage de voile, c’est la révélation ! Elle commence par fréquenter l’école de voile de Pully, puis rejoint le Cercle de Voile de Vevey La Tour à la Tour de Peilz, qui accompagne depuis la jeune navigatrice en série Optimist, tant au niveau suisse qu’à l’international.

2014 inaugure sa 1ère saison de compétition. Et l’année suivante elle participe à son premier Championnat suisse par points. Depuis, de Pâques à octobre, tous ses weekends se passent sur l’eau à enchainer les courses, et deux fois par semaine, Lisa quitte son village de montagnes pour le lac et l’entrainement.

En hiver, la vie s’organise un peu différemment : faisant partie du Talentpool - les juniors de l’équipe suisse -, la carte Swiss Olympic (Swiss Olympic Talent Card, octroyée à des athlètes de fédérations membres nationales disposant d’un concept de promotion de la relève) est son laisser-passer pour être libérée par l’école durant ses semaines d’entraînement.

Passer son temps sur l’eau, elle adore ça !

« Je me souviens bien de cette affiche vue à Pully montrant un jeune navigateur en Optimist
en rappel, avec une écope, et beaucoup de vent, et je me suis dit : Je veux faire comme lui ! »

Sa vie d’adolescente, elle la partage entre la voile et l’école. Et avec ses amis aussi. « Une vie tout à fait normale » nous confie-t-elle. Dans une année elle aura terminé sa scolarité et entrera dans la vie active.

Si on lui demande de nous parler « d’aujourd’hui », de ses objectifs, c’est clairement la sélection aux championnats d’Europe et tenter un Top 5. Depuis 2016, l’entraînement est vraiment sérieux. La jeune fille est ambitieuse. Ce sera sa troisième tentative et les deux dernières années, elle a manqué son sésame à une place près. Comme c’est sa dernière saison en Optimist…

En 2020 il faudra changer de bateau, voir les différentes options que le club aura à proposer. Et faire son permis voile aussi. Une formalité, mais par laquelle il faut passer pour aller plus loin. Ces Championnats d’Europe reviennent à maintes reprises dans la bouche de la jeune navigatrice. On sent que c’est important pour elle.

Le moment fort de son parcours sportif : « Définitivement les Championnats suisses par points, à Davos, en 2017 ! ». Une remarquable 2ème place toutes catégories confondues au général.

« A Davos, le lac est petit et le public est tout proche des bateaux. Passer devant la famille, les amis, les coaches,
le public et entendre leurs cris et encouragements, c’est vraiment spécial ! Ca fait quelque chose ça !  »

Quant à son rêve pour « demain » ? Elle répond du tac au tac : « Le Vendée Globe ! » Elle ne vise pas les JO. Même si elle a l’esprit de compétition, la course, ce n’est pas son but ultime. Ce qui lui plaît dans ce sport ce sont les sensations que lui procure le bateau qui glisse sur l’eau - faire corps avec lui -, le vent qui pousse fort, la vitesse. Et d’être seule maître à bord. Fixer ses propres limites. Lisa n’affectionne pas particulièrement les sports d’équipe, c’est une petite solitaire. On la sent indépendante, affirmée et très volontaire. Et elle rajoute en riant qu’elle n’aime pas trop le froid non plus. Elle skie, bien sûr, mais si durant un mois elle ne chausse pas les lattes, ça ne lui manque pas. Le bateau par contre, ce n’est pas pareil.

« Mon rêve ? Le Vendée Globe ! Je m'imagine déjà en solitaire sur cette course mythique.
Pour ça, il me faut continuer à naviguer, naviguer et encore naviguer ! »

Son modèle : « Clarisse sur l’Atlantique ! Elle est partie de rien et a vécu son rêve avec très peu d’expérience. Elle a réussi à trouver un sponsor et participera au prochain Vendée Globe en 2020 ! »

Lisa sait ce qu’elle se veut et où elle va. Elle veut se donner les moyens de son rêve. Elle n’a pas peur. Pas peur de l’effort. Pas peur de la compétition. Pas peur de devoir travailler dur. Sur le bateau, elle est en totale confiance. Ce n’est pas une tête brûlée. Ne recherche pas la montée d’adrénaline absolument. Ce qu’elle aime, elle, c’est cette osmose avec le vent, l’eau, son bateau.Elle n’a jamais « pas envie ». Ne rechigne pas à partir à l’entrainement ou en course. « C’est toute une expédition, partir naviguer. On ne monte pas sur le bateau en bikini ! » me fait-elle remarquer en riant ! Sac énorme. Affaires en tout genre. Pour tous les temps. Ce qu’elle aime moins par contre, c’est savoir d’avance qu’il n’y aura pas de vent et que ça n’avancera pas. Elle aime l’action et la vitesse Lisa !

Elle sait aussi que l’avenir tient à la persévérance, au travail, et… à une part de chance également. Se faire repérer pour aller plus loin ! Trouver un sponsor. Quitter le lac pour les mers.

Si elle ne court pas après le palmarès, « Bien qu’en Optimist, oui, un peu quand même, j’ai l’esprit de compétition ! », dans la quête de son rêve du Vendée Globe, c’est d’y prendre part tout simplement. Avoir la chance de vivre cette expérience.

Son avenir elle le voit... sur l'eau !

« Lisa, une fille de la montagne
qui ne rêve que d'être sur l'eau. »

Source des photos : Swiss Optimist / Image principale J. Von Allmen pour Swiss Optimist