Duncan Robertson, cofondateur et directeur de Bramble Ski

En parfaite symbiose avec la nature

Portrait / 7 minutes de lecture

Verbier attire une incroyable diversité de personnes, de tous horizons et nationalités, ayant comme dénominateur commun, un amour certain pour la montagne. Un « élément » qui semble maintenir l’équilibre de ces privilégiés, venus s’installer ici. Ce mélange éclectique de globe-trotters aux parcours aussi riches que variés, fait aussi de Verbier ce qu’elle est.

L’Ecossais Duncan Robertson en fait partie. De par son entreprise, considérée comme l’une des principales dans le management de propriétés et prestations de services de luxe en Suisse, en France et en Autriche, il a fait de Verbier son lieu de vie, où, travail et passion pour le sport, la nature et la montagne se conjuguent harmonieusement.

Venu à Verbier pour y passer un hiver comme beaucoup d’autres, vous n’en êtes jamais plus reparti…

«Je suis né en Ecosse et y ai fait mes études en ingénierie et conceptions de produits. Si j’ai vite remarqué que ce n’était pas une passion, j’ai aussi pu y développer mon sens créatif et appris à résoudre les problèmes. Après un diplôme d'études supérieures à l’Université de Cambridge en fabrication et design, j’ai eu la chance d’être engagé comme consultant en management à Londres. Dix années d’un parcours professionnel riche et très intéressant mais…une vie sous stress permanent ! Un break s’imposait et comme j’avais toujours rêvé de faire une «saison d’hiver» dans les Alpes, j’ai atterri à Verbier, avec l'idée de travailler dans l'immobilier, pour une école de ski ou peut-être même de démarrer une petite entreprise, et surtout, pour prendre du bon temps...»

Il y avait donc déjà cet esprit d’entrepreneuriat avec un objectif et non juste le «fun d’un hiver au ski»?

«Je viens d’une famille d’agriculteurs et de vétérinaires, où j’ai passé de nombreuses vacances à la ferme de mon grand-père entre autres, aidant aux champs avec mes frères. Mes parents nous ont inculqué une certaine éthique du travail. J’ai toutefois ce grand regret de n’avoir jamais pris ne serait-ce qu’un an, sans aucun engagement professionnel ou sans aucune pression. Je l’ai réellement réalisé en arrivant ici à Verbier, voyant des jeunes prendre le temps d’explorer le monde ou encore de travailler dans un bar tout en s’amusant. Mais on doit faire des erreurs pour apprendre (j’espère avoir appris des miennes!) et aujourd’hui, le seul conseil que je donnerais à mes deux garçons serait de «prendre du temps». Ne pas se mettre de pression pour avoir une carrière, ou encore devenir ce que les autres voudraient qu’ils deviennent. Juste penser à ce qu’ils aiment faire et à ce qu’ils aimeraient être. Beaucoup de parents mettent trop d’attentes ou de pression sur leurs enfants au niveau scolaire. Par expérience, je souhaite juste soutenir mes fils dans leurs choix. Qu’ils puissent créer leur propre vie.»

 

Grandir et vivre à Verbier, serait alors un privilège ?

«Verbier abonde d’une incroyable diversité de gens de tous âges, niveaux et origines: milliardaires entrepreneuriaux, PDG financiers, gestionnaires de fonds mais aussi toutes les personnes travaillant dans l’industrie du ski, du tourisme, de l’hospitalité et qui toutes, ont en commun cet amour de la montagne. J’aime cette idée de pouvoir côtoyer autant de personnes différentes qui partagent cette même passion. Vous savez ce qui m’a frappé ici lorsque j’ai amené mon fils aîné à son premier jour d’école? Les parents qui déposaient leurs enfants étaient habillés en lycra de sport, prêts à faire de la rando, du ski ou encore du VTT. Au Royaume-Uni, les mères arrivent généralement à l’école en pyjama et rentrent chez elles pour regarder la télé (rires). Ici, il y a une vraie culture du sport qui coulent dans les veines et c’est très inspirant.»

Comment sont nés Bramble Ski et Haute Montagne?

«En arrivant à Verbier, nous avons loué un appartement et sous-loué des chambres à des amis de passage. Je travaillais alors pour La Fantastique (école de ski) et avec mon ex-femme Natasha, autre cofondateur de Bramble Ski, nous faisions la cuisine et le ménage pour nos hôtes. Une année difficile où nous avons travaillé très dur. Mais de retour à Londres après un voyage dans les Alpes passant par Courmayeur et Chamonix, nous avons réalisé comme la montagne nous manquait déjà et nous sommes revenus à Verbier l’année suivante. Notre ami Colin Mayo avait déjà à son actif quelques saisons à Whistler, un brevet de prof de ski, et le même désir que nous de changer de vie. Nous nous sommes associés alors dans la création d’une activité de management de chalets que nous avons appelée Bramble Ski (la mûre, en écossais). On louait un grand chalet et faisions la cuisine ensemble pour nos hôtes. L’année suivante, nous avons géré un second chalet. Et comme il nous fallait un Chef et une hôtesse, Barry et Maev Cox se sont joints à nous et ont installé une antenne de l’entreprise au Canada. C’est ainsi que Bramble Ski est né.»

 

Aujourd’hui, Bramble Ski et Haute Montagne sont présents dans les plus exclusives stations de ski, avec plus de 150 employés. Travaillant avec une clientèle extrêmement exigeante et toutes les pressions qui vont avec, vous trouvez encore le temps pour vous amuser en montagne?

«Pour arriver là où nous sommes aujourd’hui, oui nous avons travaillé dur, «sué sang et eau». Mais chacun d’entre nous s’est toujours assuré de pouvoir maintenir un équilibre entre le travail et le temps de se distraire. Partout où je vais, en meeting dans d’autres stations, je prends toujours avec moi mes skis, mon vélo ou mon matériel de pêche. Je crois que c’est ce qui m’a gardé «sain d’esprit» au fil de ces années. Si cette aventure a été faite de travail acharné, elle a aussi été une aventure humaine incroyable! Ce n’est pas juste l’endroit où nous sommes mais aussi les personnes que nous rencontrons, avec qui nous travaillons, qui font de notre «industrie» un endroit unique.»

Les défis actuels nous obligent à nous réadapter constamment, que ce soit dans nos métiers ou dans nos vies. Vous tirez votre inspiration des gens qui vous entourent finalement? Serait-ce là le succès de votre entreprise?

«Au sein même de notre compagnie nous avons des aptitudes différentes et bien contrastées qui se complètent toutes. Mais au-delà des quatre directeurs fondateurs ou des deux actionnaires externes, le véritable succès de Bramble Ski provient des personnes que nous employons. Toutes possèdent les compétences extrêmement riches de l’hôtellerie de luxe, superyachts, maisons privées ou encore de restaurants étoilés Michelin. Nous avons à cœur d’offrir des conditions de travail attrayantes (bien meilleures que quiconque dans ce milieu) et nous aimons le fait de rassembler dans les Alpes toutes ces personnes talentueuses qui se plaisent à travailler pour nous. Si nos équipes sont satisfaites, alors nos clients le seront également.»

« Je me trouve incroyablement chanceux d’avoir pu rencontrer et côtoyer toutes ces personnes qui m’ont amené là où je suis aujourd’hui. »

Duncan Robertson  

 

Un travail d’équipe. Une très belle histoire d’amitié et de connections. 17 ans plus tard, les quatre fondateurs de Bramble Ski sont toujours à la tête du business. Qui aurait pu prédire cela?

«Pas nous en tout cas! N’étant pas de ceux qui planifient le futur, mais plutôt qui avancent pas à pas, je n’aurais jamais pu imaginer ce parcours. Nous avons démarré Bramble Ski comme une compagnie vendant un «style de vie», et sommes tous tombés amoureux de Verbier. Et quand ça vous arrive, vous voulez juste une année de plus et encore une autre… A ne plus vouloir repartir! Nous avons certes pris un risque il y a 17 ans, et ce risque a payé même si chaque année c’est un peu comme si nous repartions à zéro. On ne sait jamais de quoi la saison sera faite: une crise financière en Russie, le GBP qui explose, voire la pandémie de cette année écoulée… De quoi avoir quelques sueurs nocturnes!

Pour moi la croissance de notre entreprise n’a jamais été liée à l’argent mais plus au fait de pouvoir maintenir ce style de vie pour nous et nos enfants. Faire preuve d’un esprit d’entreprise et trouver les ressources nécessaires au développement du business pour soutenir notre mode de vie. En fin de compte, nous sommes tous des immigrants. Et je pense que la plupart des entreprises qui ont été créées ici par des étrangers, l’ont été avec les mêmes objectifs: trouver simplement le moyen de rester dans ce paradis. Je n’échangerais ma vie pour rien au monde! En retraçant les étapes, rassemblant les pièces du puzzle, je me trouve incroyablement chanceux d’avoir pu rencontrer et côtoyer toutes ces personnes qui m’ont amené là où je suis aujourd’hui.»