BRUNO GRANDE, KA/NOA

Entrepreneur et rêveur

Portrait / 7 minutes de lecture

Déterminé et persévérant, Bruno Grande a fait de son rêve sa réalité en lançant sa marque de vêtements, 100% made in Italy. Le fondateur de KA/NOA rêvait depuis vingt ans déjà de créer sa propre garde-robe, composée de matières naturelles, de couleurs essentielles. Une collection chic et intemporelle. Un hymne au temps, aux valeurs humaines. Nous avons poussé la porte de la boutique KA/NOA à Verbier, à la rencontre de cet entrepreneur passionné.

De cadre supérieur dans les industries du luxe, de l’horlogerie et du sport, ou encore consultant et conseiller pour des sociétés actives dans ces mêmes domaines, aujourd’hui Bruno, vous êtes un investisseur et entrepreneur. En 2017, avec votre épouse Valérie, vous lancez votre marque: KA/NOA. Qu’est-ce qui vous a poussé à vouloir créer une ligne de vêtements?

En un seul mot: le voyage.

J’ai suivi des études techniques en Italie où j’ai grandi, puis j’ai travaillé dans le chronométrage, voyageant dans le monde entier sur les circuits de Formule 1, de grand prix moto, ou plus tard encore pour la Fédération internationale d’athlétisme à Monaco. Là-bas j’ai rencontré mon épouse Valérie et quand elle a voulu rentrer chez elle en Suisse, je l’ai suivie. J’ai pris le risque (payant) de tout recommencer, dans un pays qui n’était pas le mien, en poursuivant une carrière dans le marketing sportif, l’horlogerie et comme consultant en restructuration industrielle de grandes entreprises. La réalité de mon quotidien était faite de 250 jours par an loin de chez moi. Quand on passe autant de temps en avion, à faire et défaire sa valise, on priorise rapidement l’aspect pratique. J’ai fini par n’avoir qu’une seule envie: pouvoir préparer mes affaires en cinq minutes et que tout passe dans un seul bagage à main. Pour que ce soit réalisable, il fallait que toutes les pièces de mon dressing puissent matcher ensemble. De fil en aiguille (c’est le cas de le dire: de l’aiguille de la montre et du temps qui a marqué ma vie professionnelle, à celle aujourd’hui de la mode) est née cette idée de créer ma propre garde-robe. Pratique, intemporelle et réellement 100% made in Italy (tout est fait là-bas, sans compromis, du fil à l’étiquette, en passant par nos sacs en papier).

Le voyage a toujours été pour nous, un thème essentiel et ce, jusque dans les newsletters envoyées à nos clients, qui sont de véritables invitations au voyage à travers une histoire que nous leur racontons.

 

KA/NOA est une marque, une histoire de famille...

Nous n’avions pas vraiment l’intention de créer une marque en tant que telle, c’était plus un projet privé. Le nom que nous avons alors cherché et choisi, se voulait personnel lui aussi: KA/NOA est la contraction des prénoms de nos enfants Kaia et Noah. D’où une certaine responsabilité aussi, parce qu’avec le nom de ses enfants on ne peut pas faire n’importe quoi!

Valérie et moi-même collaborons à part entière dans l’entreprise, et KA/NOA a très vite « envahi » la maison familiale, ayant pour habitude de travailler au bout de la table de la cuisine, recouverte de bouts de tissus, de fils, et autres échantillons. Nos enfants contribuent eux aussi à leur manière, lors des événements organisés pour nos clients. En tant qu’épicuriens, nous aimons partager une raclette ou un bon jambon de Parme avec eux. Cette proximité nous tient vraiment à cœur.

KA/NOA, c’est aussi une histoire de famille parce que mon papa était couturier. Et si ce n’était pas son métier, c’était véritablement sa passion. Enfant, j’aimais découper les tissus avec lui, l’aider lorsqu’il confectionnait des habits pour ses amis.

C’est lui qui a créé mon premier veston. Lui aussi qui m’a initié au goût des belles matières. Il avait cet amour du savoir-faire et toutes les compétences de sa passion. Avec KA/NOA, je voulais d’une certaine manière, lui rendre hommage. C’est pourquoi nous mettons un point d’honneur au label « 100% made in Italy ». Tous nos tissus arrivent de Biella; c’est là que se fait la transformation de toutes les matières. Puis nos pantalons par exemple, sont confectionnés dans les montagnes de Parma, les cuirs et les tricots viennent de la région de Vicenza, toutes les chaussures sont faites dans le Veneto et nos chemises sont fabriquées à Cremona. Et dans chacune de ces manufactures est née une histoire d’amitié avec des personnes exceptionnelles!

On ressent une vraie philosophie derrière votre marque, attachée à de vraies valeurs.

Je ne sais pas si on peut parler d’une « marque », c’est peut-être un grand mot car nous sommes tous petits dans ce milieu même si KA/NOA commence à être reconnue, en tout cas localement. Je dirais plutôt que c’est un projet, un rêve, un cauchemar parfois aussi. Mais les difficultés ne sont-elles pas là pour nous faire avancer? Nous avons effectivement vécu une période compliquée avec le covid tout en dépassant ces deux années difficiles. Pour tenir nos engagements, nous avons même été obligés en quelque sorte, de nous développer à ce moment-là. La semaine avant le confinement par exemple, nous nous étions engagés financièrement de façon importante, avec l’ouverture d’une boutique à Genève. Je ne vous cache pas que la question d’un retour en arrière s’est posée et si la raison aurait dû nous faire reculer, nous avions donné notre parole alors en dépit de tout bon sens peut-être, nous avons continué. C’est bien souvent dans la difficulté que l’on progresse le plus et nous sommes très heureux d’avoir osé prendre ce risque, parce que la boutique de Genève est une vraie réussite!

On peut dire que notre philosophie repose sur le relationnel: nous avons fait de nos boutiques un lieu de convivialité où tout le monde se sent le bienvenu, ne serait-ce que pour un café. Et bien au-delà du simple acte de vendre ou d’acheter un vêtement, ce qui est intéressant et frappant, c’est le lien qui se tisse avec nos clients et avec les personnes qui œuvrent à la fabrication de nos pièces. Tous sont devenus des amis. Et d’ailleurs si nous ne partagions pas une telle connexion, nous ne pourrions très certainement pas exister. Ces extraordinaires relations humaines que nous avons su créer, nous permettent aujourd’hui de soulever des montagnes!

Cinq boutiques KA/NOA ouvertes en Suisse, à Lausanne, Zürich, Genève, Crans-Montana et Verbier depuis presque deux ans maintenant. Des endroits coups de cœur?

Le choix s’est fait par opportunité je pense. Lausanne a marqué nos débuts, en septembre 2017, avec ce qui devait être en réalité un show-room pour les copains (au début nous n’avions pas la prétention d’ouvrir un vrai magasin), mais très vite il s’est transformé en boutique pour répondre à la demande grandissante. Si nous n’avions pas vraiment considéré le fait de nous implanter ailleurs, tout s’est enchaîné très naturellement le premier hiver, avec l’ouverture fortuite d’un « temporary store » à Crans-Montana, pendant la période de Noël. Le local était si petit qu’avec une seule personne dans le magasin, il semblait plein. Cela a créé le marketing en amont sans même avoir besoin d’y réfléchir. Au bout de deux semaines, nous avons enlevé « temporary » et laissé « store ». Aujourd’hui nous occupons un très bel espace dans la rue marchande principale de Crans. En fait, ce sont toujours des histoires d’amitié qui nous ont permis d’ouvrir les portes de nos boutiques, tout comme ici, en plein centre du village de Verbier à la rue de Médran: à la proposition d’un ami, nous avons sauté sur l’occasion pour ouvrir, il y a un an et demi, notre petite boutique. Verbier est un endroit idéal pour ouvrir une seconde boutique dans une station de montagne, offrant tous les atouts tant pour les sportifs que pour les amateurs de luxe, de culture ou encore de sensations fortes. La boutique incarne ici l’esprit des chalets environnants et nous offre une belle visibilité auprès d’une clientèle qui ne nous connaîtrait pas forcément autrement.

 

Quels sont vos projets futurs ou votre vision d’avenir pour KA/NOA?

Disons qu’aujourd’hui nous essayons de garder une vision prudente car après la problématique de la pandémie, nous vivons une période un peu particulière dans les relations internationales, mais nous restons sereins quant à la possibilité de déployer la marque et le réseau avec l’ouverture de quelques boutiques encore. Nous travaillons également sur le « private label »: si nous fabriquons déjà des produits homme et femme ou encore de décoration intérieure pour des marques tierces, c’est un créneau que nous souhaitons vraiment développer plus en avant. Nous avons d’ailleurs récemment gagné un concours pour confectionner les plaids d’un palace. Une autre grande décision toute récente a été celle de prendre le risque de débarrasser notre table de cuisine et d’installer un vrai bureau et show-room en ville de Lausanne.

Et à quand une ligne femme?

Cette question, on me la pose tout le temps! Il y a d’ailleurs beaucoup de pièces qui sont « unigender », portées tant par les hommes que par les femmes (mon épouse Valérie fait partie de ces adeptes). Alors oui, ce jour viendra peut-être où nous déclinerons une ligne femme. Mais sous quel nom? KA/NOA? Ou sous la partie « Kaia »? Je ne sais pas encore. Ce qui est certain cependant, c’est que je souhaite garder un environnement exclusif pour les hommes et ne pas tout mélanger, en évitant toute dualité dans les boutiques.

Vos enfants Kaia et Noah (16 et 19 ans) s’imaginent-ils vivre et travailler au sein de l’entreprise familiale?

Je ne sais pas s’ils se voient évoluer ici. Je pense qu’ils devront faire leurs expériences et pas forcément dans notre entreprise. Ce que je souhaite en revanche, c’est qu’ils apprennent ce qu’est le métier d’entrepreneur, peu importe l’activité choisie. Faire preuve d’un esprit entrepreneurial est possible quel que soit le secteur d’activité, et même en tant qu’employé. Et si aujourd’hui être entrepreneur n’est pas évident, j’espère que nous aurons su leur montrer dans notre quotidien au sein de l’entreprise familiale, ce que représente ce métier. Et ça, ce serait déjà le succès de ce projet!