Le Valais doit inventer l’impôt qui remplacera la valeur locative de ses résidences secondaires. On l’imagine payé par la clientèle des stations. Il le sera surtout par des familles suisses, à commencer par les Valaisans.
Le 1er janvier 2029, la valeur locative disparaîtra: le Conseil fédéral en a fixé la date. Pour le Valais, qui avait rejeté la réforme à 60.3%, l’addition est lourde. Le Conseil d’Etat chiffrait à 70 millions de francs par an les recettes perdues, partagées à parts égales entre canton et communes. A Anniviers, où les résidences secondaires forment près des trois quarts des logements, la perte est estimée à 1,5 million par an, sur un budget d’environ 40 millions. Les communes de montagne, qui financent routes, réseaux et déneigement dimensionnés pour la haute saison, attendent une compensation. Leur besoin est réel.
Le canton prépare donc l’impôt spécial que la Constitution autorise désormais. Le débat risque pourtant de s’ouvrir sur un malentendu. Le terme évoque spontanément le chalet de l’investisseur étranger. Or la nouvelle disposition ne vise que les résidences secondaires à usage essentiellement personnel. Un logement durablement loué à des tiers y échappe; ses loyers restent imposés comme revenu.
Ce périmètre change tout. Sur les quelque 98’000 résidences secondaires du canton, environ 13% seulement sont commercialisées. L’impôt visera donc l’essentiel du parc: le bien que son propriétaire occupe lui-même, une trentaine de jours par an en moyenne dans les stations, et ne met jamais sur le marché. Ce propriétaire est le plus souvent suisse. Il y a une dizaine d’années, une enquête de l’Observatoire valaisan du tourisme estimait que près des trois quarts l’étaient, souvent domiciliés dans les cantons voisins. Il faut y ajouter les Valaisans de la plaine qui ont gardé un mayen hérité, un appartement de station ou la maison de famille au village.
On objectera que ces propriétaires ne paieront plus de valeur locative, et que beaucoup sont aisés. C’est souvent vrai. Mais la nature de la charge change. La valeur locative s’ajoutait à un revenu imposé selon la capacité contributive. Un impôt réel frappe l’objet, quelle que soit la situation de son propriétaire. Et le Conseil d’Etat lui-même craint que la fin des déductions pour frais d’entretien ne fasse reporter massivement des rénovations nécessaires. Pour un retraité qui conserve le chalet de ses parents avec une rente modeste, l’équation n’est pas celle d’un acquéreur fortuné.
La frontière entre usage personnel et location n’a donc rien d’un détail technique. Bien tracée, elle pourrait inciter à remettre sur le marché des «lits froids», ces logements presque toujours vides que les stations cherchent à réchauffer depuis des années. Mal tracée, elle encouragerait des locations de façade, quelques nuits déclarées pour échapper à l’impôt, ou la vente à contrecœur de biens que des familles ne pourront plus porter.
Le projet devra répondre à des questions simples. Sur quelle valeur l’impôt sera-t-il calculé? Tiendra-t-il compte de la durée d’occupation, de la situation du propriétaire, du caractère hérité du bien? Comment s’articulera-t-il avec l’impôt foncier que le Valais prélève déjà? Ces choix décideront si la compensation reste une mesure fiscale ou devient une politique du territoire.