Résidences secondaires: l’impôt qui visera d’abord les Valaisans

Gazette de Martigny, article de presse SCHMIDT

Le Valais prépare l’impôt qui remplacera la valeur locative des résidences secondaires. On l’imagine payé par la clientèle des stations. Il pourrait l’être d’abord par les familles du canton.

En novembre, le Conseil d’État devrait mettre en consultation son projet d’imposition des résidences secondaires. L’enjeu financier est connu: la suppression de la valeur locative, fixée au 1er janvier 2029, coûtera au canton 38 millions de francs et aux communes 35 millions, selon les estimations de l’État. Les communes de montagne, qui financent routes, réseaux et déneigement dimensionnés pour la haute saison, soutiennent le principe d’une compensation. Leur besoin est réel.

Le débat s’ouvre pourtant sur un malentendu tenace. Le terme évoque spontanément le chalet de l’investisseur étranger ou genevois. Or, sur les quelque 100’000 résidences secondaires du Valais, une grande majorité appartiendrait à des Valaisans: mayens hérités, appartements de station achetés depuis la plaine, maisons de famille gardées au village.

Le cadre fédéral rend ce constat plus sensible encore. La nouvelle disposition constitutionnelle n’autorise qu’un impôt sur les résidences secondaires à usage essentiellement personnel. Selon la Confédération, un logement loué à des tiers, même en partie, y échappe; ses loyers sont imposés comme revenu. L’impôt visera donc précisément le bien que la famille occupe elle-même quelques semaines par an et ne met jamais sur le marché.

On objectera qu’il ne s’agit que d’un remplacement: ces propriétaires ne paieront plus de valeur locative. C’est exact, mais la nature de la charge change. La valeur locative s’ajoutait à un revenu imposé selon la capacité contributive. Un impôt réel frappe l’objet, quelle que soit la situation de son propriétaire, et les frais d’entretien ne seront plus déductibles. Pour un retraité qui conserve le chalet de ses parents, l’équation n’est pas celle d’un acquéreur fortuné.

La frontière entre usage personnel et location n’a donc rien d’un détail technique. Bien tracée, elle pourrait inciter à remettre sur le marché des «lits froids», ces logements presque toujours vides. Mal tracée, elle encouragerait des locations de façade, ou la vente à contre coeur de biens que des familles ne pourront plus porter.

Le Valais ne fixera pas seulement un taux. Il décidera bientôt qui pourra encore garder un pied dans la montagne de ses parents.

Grégoire SCHMIDT

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