La suppression de la valeur locative soulagera de nombreux propriétaires. Mais en faisant disparaître certaines déductions, elle pourrait aussi retirer une incitation discrète à entretenir les bâtiments. Même un impôt impopulaire peut avoir une utilité inattendue.
Dans les agences immobilières et les fiduciaires, la scène est familière. Un propriétaire prévoit de remplacer ses fenêtres ou de refaire sa toiture. Très vite, la question tombe: faut-il réaliser les travaux cette année ou les répartir sur deux exercices fiscaux?
Ce calcul révèle une mécanique importante. En imposant la valeur locative tout en autorisant la déduction des frais d’entretien, le système actuel ne se contente pas de taxer les propriétaires. Il les pousse aussi à réinvestir dans leur bien. Ce n’était pas sa qualité la plus populaire. C’était pourtant l’une de ses qualités.
La réforme mettra fin à cette mécanique pour les logements occupés par leur propriétaire. Au niveau fédéral, la déduction générale des frais d’entretien disparaîtra. Certains investissements énergétiques seront aussi traités différemment, même si les cantons conserveront une marge de manœuvre.
Pour de nombreux propriétaires, notamment ceux qui sont peu endettés, la réforme restera avantageuse. Une toiture qui fuit sera toujours réparée et une chaudière hors d’usage remplacée.
Mais l’immobilier ne se dégrade pas seulement dans l’urgence. Il vieillit surtout dans cette zone où les travaux peuvent attendre: une façade défraîchie, des fenêtres dépassées, une isolation médiocre. Jusqu’ici, l’avantage fiscal aidait parfois à transformer une intention en décision. Demain, la facture paraîtra plus lourde. Elle sera pourtant exactement la même.
L’enjeu dépasse les finances individuelles. La Suisse possède un parc vieillissant tout en affichant d’ambitieux objectifs de rénovation énergétique. En Valais, les maisons anciennes des villages, les immeubles des années 1970 et les appartements en station nécessitent déjà des investissements considérables.
La réforme provoque un premier mouvement: certains propriétaires anticipent déjà leurs travaux avant son entrée en vigueur. Le mouvement inverse pourrait suivre lorsque l’incitation aura disparu. Ce ralentissement n’est pas certain, mais le risque mérite mieux que l’indifférence.
Le débat s’est concentré sur ce que les propriétaires ne paieront plus. Il faudra désormais observer ce qu’ils choisiront de ne plus rénover. Car supprimer une ligne dans une déclaration fiscale est facile. Empêcher qu’elle ne réapparaisse quelques années plus tard sous la forme d’une toiture fatiguée le sera beaucoup moins.