La densité fantôme

Gazette de Martigny, article de presse SCHMIDT

Dans l’immobilier, nous parlons souvent de mètres carrés. Plus rarement de leur origine. Pourtant, derrière chaque droit à bâtir se cache une réalité simple: ce qui apparaît quelque part a nécessairement disparu ailleurs.

L’une des confusions les plus fréquentes consiste à croire que la densité serait une notion abstraite, détachable du territoire qui la porte. Lorsqu’une parcelle cède une partie de son potentiel constructible à une autre, cette capacité disparaît de la première pour apparaître sur la seconde. Elle ne peut donc pas réapparaître quelques années plus tard sur la première, au gré d’une interprétation opportunément imaginative.

Cette distinction est au cœur de toute l’économie foncière. Car tout transfert implique une contrepartie: un avantage obtenu d’un côté, une renonciation consentie de l’autre. C’est précisément ce qui donne une valeur économique aux droits à bâtir.

Personne n’achète un actif qui continuerait simultanément d’exister chez celui qui l’a cédé.

Cette évidence dépasse largement le droit immobilier. Le foncier, les infrastructures et les capacités d’accueil sont limités. L’aménagement du territoire consiste précisément à gérer cette rareté. Pourtant, nous observons parfois la tentation de vouloir les bénéfices d’un transfert sans en assumer les conséquences.

Le droit conserve heureusement une vertu précieuse: rappeler que la réalité existe indépendamment des interprétations qu’on souhaiterait lui donner. Cette fonction est d’autant plus importante que les mécanismes de contrôle interviennent parfois plusieurs années après qu’une première autorité a estimé que tout était en ordre. Dans certains dossiers, il faut régulièrement l’intervention d’autorités supérieures pour rétablir ce qui relevait pourtant d’une logique élémentaire dès le premier jour.

Une erreur est toujours possible. Plus surprenant est le fait que certaines questions pourtant fondamentales ne trouvent parfois leur réponse qu’au terme d’années de procédure. Les voies de recours corrigent-elles des situations exceptionnelles ou deviennent-elles progressivement le lieu où s’effectue le véritable travail de vérification juridique?

Car derrière les calculs, les servitudes et les procédures demeure une réalité simple: un droit à bâtir n’est pas une fiction comptable. C’est un actif réel. Et comme tout actif réel, lorsqu’il a été transféré, il ne se trouve plus là où il était auparavant.

Les fantômes n’existent que dans les histoires.

Grégoire SCHMIDT

Vous souhaitez des conseils professionnels pour vendre votre propriété ?

Nous contacter